Mise en œuvre du Pse : ces précédents qui inquiètent !

Le discours de son Excellence Monsieur Macky Sall à l’occasion du Conseil présidentiel sur le partage des résultats du Plan Sénégal Emergent (Pse), tenu le sept (07) avril 2015 au Complexe Abdou Diouf de Diamniadio, appelle de ma part certains commentaires.  Tout d’abord, je voudrais poser deux interrogations de fond : -       La première est liée au titre même du thème de ce Conseil Présidentiel : «Partage des résultats du Pse» ? Dès lors que le Pse se veut une stratégie long terme (20 ans), on peut s’interroger sur la pertinence et l’opportunité de parler de «Partage des résultats», un an seulement après son adoption. A mon sens, il aurait été plus judicieux et plus sérieux de parler de Partage sur l’état d’avancement dans la mise en œuvre du Pse. Aussi, cet état d’avancement aurait-il permis de mettre en relief, entre autres aspects : 1) la mise en place du dispositif de mise en œuvre et de suivi évaluation, 2) les réalisations relatives aux ajustements nécessaires à l’élaboration des projets et réformes phares, etc. tout en évitant d’engager le Président dans un exercice périlleux de déclinaison de résultats tangibles qui n’existent pas, car ne pouvant être atteint un an seulement après l’adoption du Pse. -       La seconde interrogation de fond que pose le discours du Président est justement son orientation sur la déclinaison des résultats du Pse et non sur l’interpellation des instances de mise en œuvre et de suivi évaluation sur le niveau d’atteinte des objectifs et des cibles. En effet, dans pareille circonstance, le discours introductif du Président doit interroger les responsables de la mise en œuvre et du suivi évaluation sur leurs performances, mais ne doit pas annoncer celles-ci tout en les appréciant positivement. S’agit-il d’une volonté subtile de faire assumer au président de la République des responsabilités qui ne sont pas les siennes ou de lui faire avaliser des manquements graves actuels et futurs d’un dispositif de mise en œuvre et de suivi évaluation en désarticulation totale avec celui initialement décliné dans le Pse (nous y reviendrons plus loin) ? Pour faciliter une meilleure compréhension des autres commentaires par les lecteurs, mon approche est de reprendre quelques passages du discours en italiques avant d’en donner mon observation. Premier passage commenté : «Au plan macroéconomique, la croissance du Produit intérieur reste positive, passant de 1,7 % en 2011 à 4,5 % en 2014, avec une projection attendue de 5,4 % en 2015; ce qui nous rapproche du taux moyen de croissance fixé par le Pse. Ces performances sont également notées  dans la réduction du déficit budgétaire, la maîtrise de l’inflation et du niveau de la dette publique.» Commentaire : La performance du Pse est injustement appréciée. Il aurait fallu dire d’abord que le Sénégal a atteint un taux de croissance du Pib de4,5 % en 2014, ensuite comparer ce taux de croissance à l’objectif projeté par le Pse qui est de 4,9 % (Annexe VI du Pse : Indicateurs de suivi du PSE 2014-2018), avant d’indiquer son rapport avec celui de 2011. En effet, le premier élément de comparaison d’un résultat atteint est l’objectif projeté et non le résultat antérieur. Il aurait fallu indiquer ici que la croissance enregistrée en 2014 est en deçà de celle projetée du Pse pour la même année, quand bien même, elle constitue un progrès par rapport à 2011 (1,7 %). Par ailleurs, indiquer ici la projection de 5,4 % pour 2015 et dire que cela nous rapproche du taux moyen fixé par le Pse apparait comme une véritable diversion. Car, le Pse projette, pour 2015, un taux de croissance du Pib de 6,7 %. Par conséquent, il est étonnant que la contreperformance (résultat 2014 en deçà de la projection) et la revue à la baisse de l’objectif pour 2015 (5,4 % contre 6,7 % fixé par le Pse) qui devrait plutôt susciter une inquiétude fasse l’objet d’une mention de satisfaction : «Ce qui nous rapproche du taux moyen fixé par le Pse». Second passage commenté : «S’agissant des réalisations proprement dites du Pse, j’en ai donné un aperçu assez large dans mon message à la Nation à l’occasion du nouvel an.» Commentaire : Cette phrase est ambiguë ! Tout d’abord, pourquoi devrait-on renvoyer au discours de fin d’année pour examiner les réalisations proprement dites du Pse, alors qu’on est dans le Cp (Conseil présidentiel) qui est considéré comme étant l’espace dédié au partage de ses résultats ? Pour ma part, me fondant sur les fondamentaux du suivi évaluation, lors de la tenue des concertations dédiées au partage des résultats, ceux-ci doivent être effectivement présentés, de manière on ne peut plus exhaustive, même si à d’autres occasions antérieures, ils avaient été déclinés. Aussi, me suis-je rappelé que ledit discours du 31 décembre 2014 avait plutôt décliné des annonces de réalisations futures relatives au pôle urbain de Diamniadio, à l’agriculture, à l’éducation, etc. et moins des achèvements concrets (réalisations) dont les seuls qui y figuraient, portaient sur les bourses familiales et le Centre Abdou Diouf de Diamniadio. Pour autant, je me suis empressé d’aller revoir le discours du 31 décembre 2014, en me disant que je l’avais sans doute mal lu. Mais sans surprise, mes souvenirs ont été confirmés par sa relecture. Au total, je me suis interrogé sur les motivations de ce renvoi. Est-ce le fait d’un déficit de réalisations concrètes du Pse ? Ou bien s’agit-il d’un manque dans le dispositif de mise en œuvre et de suivi évaluation ? Ou encore, s’agit-il d’une insuffisance dans la planification initiale du Pse, notamment dans l’élaboration d’un cadre de résultats indiquant très clairement les différentes logiques permettant à la fois une lecture des liens de causalité mais aussi ceux de mesure et/ou de caractérisation des progrès attendus. A mon humble avis, il y a un peu des trois aspects. Au besoin, on pourrait revenir sur les arguments de ce point de vue. En attendant, on peut relever que le discours du président de la République lors du Conseil présidentiel de partage des résultats du Pse, tout comme celui du 31 décembre 2014, reprend les mêmes annonces de futures réalisations ! Relevons que, poursuivant son discours sur la partie réalisations concrètes, notamment les projets phares, le Président a continué à énumérer des objectifs pour l’éducation, pour l’agriculture, etc. et non des réalisations. Troisième passage commenté : «Quand on se fixe l’émergence comme objectif, on est tenu d’adopter des normes de performance et des pratiques conséquentes dont la diligence et la réactivité ne sont pas des moindres. Sur ce plan, nous avons encore beaucoup d’efforts à fournir pour éliminer les lenteurs incompatibles avec la culture de la Gestion axée sur les résultats (Gar), qui constitue la logique et la finalité du Pse.» Commentaire : La première phrase est incompréhensible, alors que la seconde traduit soit une méconnaissance réelle de ce que c’est la Gar soit une fantaisie particulièrement ridicule voire inacceptable : Comment peut-on considérer la Gar qui est une approche, comme étant la finalité du Pse ? J’aurais pu continuer à relever des passages et à en commenter les manquements graves, mais je vais m’en arrêter là et aller vers un autre aspect du discours du président de la République qui, de mon point de vue, pose les jalons d’une mise en œuvre échouée du Pse. Il s’agit du dispositif de mise en œuvre et de suivi évaluation du Pse. Sur ce point, je suis franchement catastrophé par le contenu du discours !!! Comment peut-on faire dire au Président autant d’amalgames et d’incohérences ? En effet, le dispositif de mise en œuvre et de suivi évaluation tel que décliné pose plusieurs problèmes dont la somme prédispose à une forte probabilité de conflit de compétence permanent entre administrations étatiques. Ce qui constitue un précédent dangereux et un antagonisme à la Gestion axée sur les résultats (Gar). Principalement, on note que les instances de mise en œuvre et de suivi évaluation déclinées dans le document du Pse, en dehors du Bureau opérationnel de suivi du Plan Sénégal Emergent (Bosse), sont royalement ignorées par le discours du Président ! Pour rappel, les instances prévues dans le Pse sont :
i) deux (02) organes de gouvernance (un Comité d’orientation stratégique-Cos et un Comité de pilotage-Cop) ;
ii) un Bureau opérationnel de suivi du Plan Sénégal émergent (Bosse) ; iii) des structures d’exécution des projets, au niveau des ministères techniques ; et
iv) Mécanismes de partage des résultats avec les acteurs (réunions trimestrielles de partage et des comités régionaux de suivi évaluation). Le premier problème est relatif au ministère du Pse et au Bureau Organisation et Méthode (Bom). En effet, le ministère du Pse apparait subitement, alors qu’il n’est ni prévu dans le dispositif initial ni recommandé par une quelconque analyse évaluative connue. En plus, voilà un ministère en dehors du gouvernement avec une seule Direction générale. Quant au Bom, créé pour assurer «une mission d'impulsion et d'accompagnement des réformes nécessaires à la modernisation de l'Administration et à l'amélioration de la qualité du service public», il se voit subitement attribuer une fonction de gestion du cadre de résultats des politiques sectorielles ! L’intrusion de ces deux administrations dans la mise en œuvre et le suivi évaluation du Pse donne l’impression d’une organisation parallèle à celle du gouvernement. Cela est particulièrement complexe et pro conflictuel. Le second problème que posent les annonces du discours sur le dispositif porte sur une remise en cause des compétences de certaines institutions : Comment peut-on ramener le ministère de l’Economie et des Finances à une fonction de «suivi d’un tableau de bord des opérations soumises par les sectoriels», alors qu’il dispose de structures et d’instances rompues à la pratique de l’appui à la planification et à l’évaluation sectorielle ? Comment peut-on ramener la primature à une fonction de «dernier ressort de mutualisation de la collecte de données, à des fins d’évaluation permanente des actions du Gouvernement», alors que c’est elle qui assure la fonction de top management de cette action gouvernementale ? Au regard de ces manquements, on peut noter sans risque de se tromper, relever que le contenu du discours du président de la République n’a pas fait l’objet d’une rédaction objective, partagée avec l’ensemble des parties prenantes à la conception et à la mise en œuvre et le suivi évaluation du Pse. Aussi, peut-on comprendre qu’il ait suscité en moi un sentiment d’inquiétude particulièrement alarmant, au point de me demander si ses auteurs l’avaient relu. Mais pour me rassurer dans un premier temps, j’ai attribué cette inquiétude à une mauvaise lecture de ma part. J’ai donc relu plusieurs fois. Mais à chaque fois, je me suis retrouvé plus désabusé. Je dois avouer que, comme très souvent, j’ai voulu me taire. Ce qui explique tout le temps pris avant la publication de la présente note de contribution. Mais un regain de sursaut patriotique et non de révolte a fini par me convaincre de la nécessité de sortir, pour une fois, de ce silence coupable qui, j’en suis convaincu, enferme de nombreux autres Sénégalais plus compétents et plus autorisés que moi, derrière le mur du désintérêt total des processus en cours dans notre pays. Certains, considérant que ces processus relèvent de la politique politicienne et d’autres prétextant qu’ils ne les gênent pas dès lors que leurs intérêts individuels n’étaient pas directement affectés. Mais, politique politicienne ou intérêts individuels non affectés directement suffisent-ils à expliquer le silence des Sénégalais et leur démission à participer au développement de leur pays, à accomplir leur devoir ? Pour ma part, la réponse est tranchée. C’est non. Même s’il est vrai que débattre est devenu difficile dans notre pays et que l’arbre à palabre (wax lo xam) est progressivement remplacé par l’arbre à sa palabre (wax sa xalaat) ! C’est pourquoi, se fondant sur des principes majeurs de la Gar que sont la simplicité et l’apprentissage par les leçons, mais aussi la responsabilité, je me suis permis le partage de mes inquiétudes, tout en formulant, avec beaucoup d’humilité, les recommandations suivantes : -       Valoriser les bonnes pratiques de l’expérience tirée du processus du Document de Stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Dsrp) : une pratique de 10 ans continuellement bonifiée par l’apport d’expériences combinées des administrations gouvernementales, des organisations du secteur privé et de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers. Valoriser les leçons apprises de ce processus Dsrp, c’est reconnaitre du respect à des Sénégalais dont la seule motivation est de servir leur pays avec compétence, rigueur et loyauté. Mais valoriser les leçons apprises de ce processus, c’est surtout fonder les bases de réussite du Pse. -       Intégrer les projets et les réformes phares dans un cadre de résultats global qui tienne compte des autres actions sectorielles : les projets et les réformes phares ne peuvent être isolés ; ils doivent démontrer leur lien de causalité et de synergie avec les autres programmations vers les résultats attendus du Pse, Autrement on donne l’impression de disposer de deux stratégies de développement : une élitiste (projets et réformes phares) et l’autre misérabiliste (opérations sectorielles). -       Reconsidérer le positionnement de certaines structures : Supprimer le ministère du Pse et reconsidérer la mission du Bosse auprès du président de la République, en la renforçant dans sa fonction de «Delivery Unit» empruntée à l’Angleterre et que le président de la République a évoqué plusieurs fois auparavant, mais tombée dans les profondeurs de l’oubli depuis lors. Nous pensons que, effectivement, il y a nécessité de créer, à côté du président de la République, une sorte de «facilitateur des opérations» à tous les niveaux de mise en œuvre du Pse, mais pas un dispositif de mise en œuvre qui doit rester sectorielle et gouvernementale. -       Renforcer les rôles et responsabilités : I) de  la Primature sur la supervision globale de la planification et de l’évaluation annuelle de l’action gouvernementale ; II) du ministère de l’Economie et des Finances sur l’appui à la planification et à l’évaluation annuelle des politiques sectorielles ; et III) des ministères sectoriels dans la mise en œuvre opérationnelle de l’ensemble des projets et réformes (y compris les projets et réformes dits phares). Car, l’ensemble des projets et réformes phares sont soit sectoriels soit multisectoriels. Dans les deux cas, leur mise en œuvre réussie passera par une volonté et une application sectorielles. Ils ne doivent pas être perçus comme des initiatives extérieures imposées, au risque de les voir échouer parce que souffrant d’un déficit d’appropriation par les acteurs sectoriels. Pour conclure, nous osons compter sur la juste appréciation de la présente contribution de la part des différents groupes d’acteurs, mais particulièrement de la part des hautes autorités du pays, pour que les corrections qui s’imposent soient apportées. Ainsi, nous restons optimistes quant à la mise en œuvre des ajustements nécessaires pour une cohérence et un meilleur fonctionnement du dispositif de mise en œuvre et de suivi évaluation du Pse. Dans cette perspective, je lance un appel aux organisations de la société civile et du secteur privé, qui  doivent faire l’évaluation de leur participation aux différents processus gouvernementaux afin d’en tirer les bonnes pratiques à valoriser, en vue de leur meilleure contribution à la mise en œuvre et au suivi évaluation réussis du Pse. Gnambi SONKO, Expert-consultant en planification et évaluation de politiques et programmes de développement, Cet adresse mail est protégé contre les spambots. Vous avez d'activer le javascript pour la visualiser. //  


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Le Senegal sous Macky Sall, une democratie en sursis

Une version actualisée d’Une démocratie prise en otage par ses élites serait certainement la bienvenue. Le tableau jadis peint par le fameux journaliste sénégalais met en évidence, sous réserve de quelques écarts d’analyse, le mal que les acteurs (partis politiques, organisations de la société civile etc.) causent à leurs citoyens. On se rend pourtant compte que le fait religieux était trop souvent surestimé dans l’échelle des facteurs de régression. Personne ne soupçonne aujour­d’­hui le nouveau régime de connivence avec une quelconque famille maraboutique. Il faut regarder du côté des acteurs susmentionnés si l’on veut vraiment saisir les raisons des flux et reflux démocratiques.

Dé-totaliser l’Etat en instituant une gouvernance favorable à la démocratie délibérative : telle semble la volonté de la société civile. L’émergence de la société civile dans les pays en transition démocratique confirme cette idée. Cette tendance s’inscrit dans un processus que Samuel Huntington qualifie, dans un livre moins célèbre que Le choc des civilisations, de «troisième vague». La décompression autoritaire est tenue de s’opérer sous la pression des mouvements contestataires, voire révolutionnaires. Il est cependant peu probable que la notion de société civile soit en mesure de charrier cette «nébuleuse agissante» bien que son usage semble s’imposer.

Un regard sur les «Assises nationales» et le «Mouvement du 23 juin» (M23) ne peut que confirmer la porosité des frontières entre les partis politiques et la «société civile». Peu importe l’auteur de l’initiative, c’est toujours au nom d’une «alliance objective» que partis politiques et organisations de la société civile se dressent contre les dérives du pouvoir en place. Dans des conjonctures politiques aussi graves que celle qui a prévalu sous Wade, le pragmatisme doit l’emporter. La culture politique des membres de la société civile y était sans doute pour beaucoup. La démocratie procédurale devait céder la place à la démocratie délibérative à travers une expérience inédite : les Assises. Cependant, il va falloir l’intervention énergique du Peuple pour barrer la route à Wade au prix fort d’«Une si longue journée». L’élection de Macky Sall interviendra à la faveur d’une élection présidentielle dont le Conseil constitutionnel avait fixé les termes. A ce stade, il apparaît clair que la démocratie procédurale a résisté aux assauts répétés de part et d’autre. Il conviendrait de rendre hommage au Peuple qui continue de fonder espoir dans la démocratie. Mais de quelle démocratie s’agit-il vraiment ? Il me semble que cette dernière a beaucoup à voir avec celle que Toc­queville assimile à un «état social». Cet arbitrage du Peuple obéit moins à une logique procédurale qu’à un répertoire de croyances à la fois culturelles et religieuses qui s’accommodent peu de la conflictualité.

Plus de deux ans après l’arrivée de Macky, le Sénégal vit une ambiance politique qui rappelle malheureusement celle que nous avons vécue sous Wade. Les Assises nationales avaient raison de parler de transition à cause de la dégradation de la situation à la veille de la Présidentielle. En investissant sur le candidat Macky Sall, elles ont toutefois validé une sortie de crise politique qui, à vrai dire, n’en était pas une. L’ancien Premier ministre Loum et le président Mbow persistent dans leur conviction que Macky a signé sans réserve la charte des Assises. La version du Président et sa réaction suite au dépôt du rapport laissent ceux qui croient encore aux Assises dans une position inconfortable. Le comble est atteint lorsqu’on dédouane le Président pour la simple raison qu’il n’a pas été élu sur la base du programme des Assises. Ce discours renseigne sur l’indigence qui frappe nos hommes politiques. La mission des Assises a pris fin lorsque le président de la République en a fait sa propre affaire. Le renversement de la perspective est aussi renversant que le dépôt du rapport de la Cnri. Voilà comment les Assises ont trouvé la mort. Après l’élection, le M23 subira le même sort : une bonne partie des leaders a préféré rejoindre le nouveau régime. La saignée est d’autant plus douloureuse que la nouvelle association s’est aliénée des personnalités indépendantes non moins importantes. Les élections semblent constituer le moment privilégié pour travailler alors que la démocratie commence au lendemain des scrutins.

Au regard du contexte socio-politique, les réalisations du nouveau régime et les espoirs que suscite le Plan Sénégal émergent sont suspendus à la capacité du Président de favoriser la stabilité politique. Cette dernière semble compromise par la «traque des biens mal acquis» et la crise de l’enseignement supérieur. Au-delà des manquements graves dont le ministre Mary Teuw Niane est coupable, il se pose à proprement parler un problème de gouvernance. Invoquer la légitimité électorale que confère le suffrage universel relève d’un déficit de culture démocratique. Cela nous rappelle les sorties menaçantes de l’ex-régime contre les potentiels participants aux Assises. Si on ne peut pas imputer aux acteurs politiques leur manque de culture, on peut en revanche leur demander de savoir raison garder. Le suffrage universel, notamment une victoire arrachée au second tour, n’est pas une caution populaire. Celle-ci est trop évanescente pour être prise pour une épée de Damoclès sur tout opposant désinvolte.

La «société civile» sénégalaise est, pour ma part, responsable de la crise politique qui semble se profiler à l’horizon. Leur mérite résidait moins dans la réalisation commune des aspirations du Peuple que dans la formation d’un contre-pouvoir. La démocratie étant faiblement institutionnalisée dans notre pays, les reculs démocratiques peuvent resurgir à tout moment. Cette collusion avec le pouvoir confirme a posteriori les accusations de Wade contre une société civile qui n’est pas étrangère à la «chose» politique. La posture du Forum civil est par contre mieux à même de contribuer au renforcement de la société civile en ce sens qu’il maintient une distance vis-à-vis des obédiences politiques. Cette neutralité est gage d’autonomie quant à la définition des enjeux autrement plus structurants que le simple partage de responsabilités.

L’autonomie de la société civile participe de la vitalité politique ; elle est une condition nécessaire du système démocratique.
Nous sommes du reste obligés de faire face à une série de crises qui risquent de déboucher sur une impasse politique. La gouvernance à l’œuvre n’est pas en phase avec notre niveau de démocratie. On se demande cependant si le Président Macky était suffisamment armé pour faire le boulot qu’on attendait de lui. S’il s’agissait de rompre avec un système qui avait achevé de remettre en cause ses fondements les plus élémentaires, force est de constater que le travail reste à finir. L’obligation de mettre en œuvre les conclusions des Assises ou les résolutions du M23 ne doit pas être appréciée à l’aune des résultats de mars 2012. Ni Macky ni les instances ad hoc (les Assises et le M23) ne peuvent s’arroger la légitimité populaire. Représenter le Peuple relève d’un problème auquel les démocraties n’ont pas encore trouvé solution.

Ousmane Abdoulaye BARRO
Pastef-Les Patriotes
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Aucun Pays Africain Ne Peut Émerger Avec Le Franc Cfa

Du 9 au 16 avril 2014, l’auteur du livre à succès Le franc CFA et l’Euro contre l’Afrique a donné, au Cameroun, une série de conférences sur les méfaits du franc des Colonies françaises d’Afrique (CFA).

Le Pr. Agbohou s’est rendu au Cameroun à l’invitation de l’association Action Sociale Africaine (ASA) qui œuvre depuis 2007 sur le continent pour l’amélioration des conditions de vie des Africains à travers trois axes prioritaires : la Santé, l’Agriculture/Alimentation et l’Education. Grâce à ASA qui a déjà installé trois bibliothèques au Cameroun, l’économiste ivoirien a donné trois conférences très courues dans toutes les principales universités de ce pays d’Afrique centrale (Douala, Dschang, Yaoundé). Cette interview a été réalisée à l’issue de ce périple. Le professeur Nicolas Agbohou y affirme sans ambages que le franc CFA plombe irrémédiablement l’économie des 15 pays africains qui utilisent cette monnaie de singe. Il explique le mécanisme du compte d’opérations et propose les solutions réalistes pour parvenir à la souveraineté monétaire de l’Afrique.

Journal de l’Afrique (JDA) : Qu’est-ce qui vous motive à parcourir le monde pour dénoncer les méfaits du franc CFA dans les économies africaines ?

Nicolas Agbohou : Plusieurs raisons : D’abord, je suis un Africain et en tant que tel je me sens interpellé par les problèmes de l’Afrique. Ensuite, je vois objectivement le danger qui arrive. Dans 36 ans, en 2050, l’Afrique aura 2 milliards d’habitants à nourrir. Il faut préparer la vie de ces 2 milliards de personnes. En d’autres termes, il faut changer de politique économique.
Or nous ne pouvons pas faire une politique économique sans la maîtrise de la monnaie. Donc, conscient de ce problème, je me suis appesanti sur le Franc CFA et après étude je me suis rendu compte que « franc CFA » voulait tout simplement dire « franc des Colonies françaises d’Afrique (CFA) ». Pour continuer à piller l’Afrique après les indépendances formelles de 1960, le colon français a redéfini le franc CFA comme : le « franc de la Communauté Française d’Afrique). Mais c’est un simple maquillage !

Pourquoi estimez-vous dans votre livre que Le Franc CFA et l’Euro [sont] contre l’Afrique ?

Tout simplement parce que le franc CFA est d’origine nazie. Il s’agit d’un mécanisme mis sur pied pour permettre à la France de tirer profit non seulement des richesses naturelles, mais aussi du travail des Africains. Le franc CFA a été crée le 25 décembre 1945, conformément à l’article 3 du décret 45/0136 par le général De Gaulle. Et le franc CFA qui veut dire le franc des Colonies françaises d’Afrique est une monnaie purement coloniale inventée par et pour les intérêts des colons pour dévaster l’Afrique. La survivance du franc CFA n’est que la perpétuation de cet appauvrissement.

Il y a 30 ans, l’économiste camerounais Joseph Tchuidjang Pouemi dans son livre intitulé Monnaie, servitude et liberté, affirmait déjà que le franc CFA n’est qu’un instrument de « répression monétaire de l’Afrique ». A votre avis cette répression monétaire a-t-elle toujours cours ?

Elle a toujours cours ; car lorsqu’on regarde les institutions de la zone franc CFA, notamment le conseil d’administration des trois banques centrales, on voit que les Français y sont présents et disposent du droit de véto. Autrement dit ce n’est pas son utilisation qui fait problème, mais le franc CFA lui-même. Son fonctionnement appartient à la France qui l’utilise pour ses propres intérêts et donc contre les intérêts des Africains. Aussi bien à la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) qu’à la Banque des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qu’à la Banque centrale des Comores (BCC), la France nomme des représentants qui disposent d’un droit de véto. Autrement dit, si les Africains présents aux conseils d’administration de ces différentes banques décident de prendre des décisions qui défendent les intérêts de l’Afrique en touchant aux intérêts de la France, ces décisions ne pourront pas être validées puisque les Français voteront « contre ». Ce d’autant plus qu’il est clairement mentionné dans les textes régissant ces trois banques centrales que « les décisions se prennent à l’unanimité ».

Lorsqu’on parle du franc CFA, on évoque toujours le mécanisme du « compte d’opérations ». De quoi s’agit-il exactement ?

La zone franc CFA a quatre principes de fonctionnement :
1-La centralisation des réserves de changes qu’on appelle le compte d’opérations.

2-Le principe de la libre convertibilité des francs CFA en francs français hier et aujourd’hui en Euros.

3- Le principe de la fixité des parités.

4- Le principe de la libre transférabilité des capitaux de la zone franc CFA vers la France.

En ce qui est du compte d’opérations, disons qu’il est d’inspiration nazi. Il a été appliqué à la France par les nazis et après la Libération, le général De Gaulle a décidé de l’appliquer aux Africains depuis 1945. Conformément aux accords monétaires entre la France et l’Afrique, le principe de la centralité des réserves des changes fonctionne de la manière suivante les Africains doivent déposer, et ils le déposent effectivement, l’intégralité de leurs recettes d’exportation dans des comptes ouverts à la banque centrale de France.

De 1945 à 1973, quand les Africains exportaient par exemple les matières premières pour 100 milliards de dollars, ils déposaient tous les 100 milliards de dollars dans le Trésor français. De 1973 jusqu’en 2005, s’ils exportaient pour 100 milliards de dollars, les Africains étaient obligés de déposer 65 milliards au Trésor français dans le fameux compte d’opérations.

Depuis le 20 septembre 2005 jusqu’à la seconde où nous parlons (2014), on est passé à 50%. Ce qui veut dire que si les Africains exportent à hauteur de 100 milliards de dollars ou d’Euros, de Yuans, etc. ils sont tenus de déposer 50 milliards en France. S’en suivent plusieurs conséquences majeures :

Première conséquence majeure. Puisque le compte d’opérations est d’origine nazie, la France s’en est servie et s’en sert encore pour s’approvisionner gratuitement en matières premières africaines. C’est-à-dire que la France dit aux Africains d’exporter les matières premières dont elle a besoin pour 100 millions d’euros par exemple. Lorsque les Africains ont exporté, au lieu de les payer, la France prend son stylo et écrit un signe PLUS dans le compte. Elle ne débourse aucune devise. Or si ce sont les Nigérians ou les Ghanéens qui exportent, la France est obligée de sortir 100 millions d’euros des coffres forts pour les payer. Ce qui revient à dire que le jour où les Africains vont se débarrasser du franc CFA, la France sera obligée de débourser de l’argent pour payer directement et immédiatement l’intégralité de la facture des exportations.

Deuxième conséquence majeure. Puisque les Africains déposent des devises en France, celle-ci s’en sert pour combler son déficit budgétaire ou pour amortir, c’est-à-dire payer sa dette.

Troisième conséquence majeure. En contrôlant leurs devises, la France met les dirigeants africains au pas. Si un dirigeant de la zone CFA n’obéit plus aux ordres de la France, Paris bloque ses réserves de devises et mieux, il ferme les banques dans ce pays devenu « rebelle ». C’est ce que nous avons vu tout récemment en Côte-d’Ivoire avec Laurent Gbagbo. Et quand les banques sont fermées, aucun ménage, aucun chef d’entreprise ne peut sortir de l’argent pour nourrir sa famille ou payer les employés. En un mot, en fermant les banques, la France organise le chaos socio-économique. Et toute la population se rebelle contre le dirigeant.

C’est ce qui s’est passé avec Gbagbo. Ne pouvant plus prendre des devises à la France, il a décidé de créer la monnaie ivoirienne et à partir de là la décision a été prise pour le bombarder. Gbagbo n’est pas le premier et ne sera malheureusement pas le dernier. Avant lui, il y a eu Sylvanus Olympio du Togo dont la monnaie devrait être mise en circulation le 15 décembre 1963. Deux jours avant, exactement le 13 janvier 1963, il a été froidement assassiné. Donc ces trois conséquences majeures ou plutôt ces trois avantages pour la France à savoir l’approvisionnement gratuit en matières premières africaines, l’utilisation des devises africaines pour son propre développement, une arme de mise au pas des dirigeants africains, constituent un puissant instrument utilisé par la France pour bloquer l’industrialisation de l’Afrique.

Au regard de tout ce que vous venez de dire on peut conclure que l’Emergence annoncée par les présidents africains relève d’une simple propagande politicienne…

Il s’agit d’une simple chimère. Aucun pays ne peut être émergent avec le franc CFA. Quand vous quittez votre quartier pour allez en zone périphérique parce que vous touchez 100 000 F CFA et que vous êtes entrés dans une association qui vous prend 50 000 F CFA chaque fin du mois vous pensez raisonnablement que vous quitterez subitement ce quartier de pauvres pour entrer dans le quartier des riches ? Non. Tant que les pays africains continueront à payer un« impôt » de 50% de leurs revenus extérieurs à la France, l’émergence socio-économique ne sera jamais possible.

En 2013, dans un rapport commandé par le gouvernement de son pays, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine a proposé l’élargissement de la zone franc CFA à d’autres pays africains. Comment percevez-vous un tel projet et quelles en sont les chances de réussite ?

Disons qu’Hubert Védrine est dans son rôle puisque c’est celui qui contrôle la monnaie qui contrôle le pays. Ainsi, s’il y a 15 pays africains qui utilisent le franc CFA, ces pays sont tous sous le contrôle de la France. Et s’il y a d’autres pays qui, parce que mal informés entrent dans la zone CFA, ce sera une très bonne chose pour la France. C’est pourquoi M. Védrine invite les Nigérians, les Ghanéens et d’autres pays à entrer dans la zone CFA pour justement mieux les contrôler et prendre leurs énormes richesses. N’oubliez-pas que lorsque ces pays vont entrer dans la zone CFA, ils seront obligés de donner 50% de leurs énormes richesses à la France. On voit bien que le Nigéria n’est pas dans la zone CFA mais se porte mieux. Ce n’est pas au Nigéria que l’on meurt de faim ! Une fois de plus, Hubert Védrine est dans son rôle. Et il revient aux Africains de ne plus se laisser tromper.

Les pays africains qui n’ont pas le même niveau économique peuvent-ils avoir une monnaie commune ?

Effectivement ils le peuvent parce que c’est la monnaie qui fait créer la richesse. Ce qui fait rouler la voiture c’est le carburant. Le carburant lui-même n’est pas la voiture. Mais c’est un produit indispensable qui fait rouler la voiture. Donc les pays africains, développés ou non développés peuvent avoir une monnaie commune. La monnaie est une pièce centrale dans le triangle de souveraineté. Vous avez la monnaie/économie, la défense et le droit positif qui constituent les angles de ce triangle de souveraineté.

Comment expliquez-vous la relative avancée économique des anciennes colonies anglaises sur le continent africain ?

Justement, ces pays travaillent pour eux-mêmes. Contrairement aux pays de la zone franc CFA, les pays anglophones ne travaillent pas pour l’Angleterre. C’est aussi simple que ça ! Les pays anglophones sont véritablement libres de l’Angleterre qui est parti après la décolonisation.
Comme vous le constatez très bien à l’échelle planétaire, tous les pays anciennement colonisés par l’Angleterre se portent nettement mieux que ceux de la zone franc CFA. La France n’est jamais partie. Au contraire, au fur et à mesure que le temps passe, la France est omniprésente dans les économies africaines ; toujours avec le même prétexte : « nous sommes là pour aider les Africains ». Et les Africains au lieu de se réveiller ne font que s’endormir…

Le franc CFA est-il la cause de la déliquescence du système éducatif africain qui se caractérise par des effectifs pléthoriques ?

Très bien. L’exemple d’un ménage qui gagne 100 000 F CFA que nous avons pris plus haut est assez illustratif ici. Quand l’Etat se voit privé de 50 % de sa richesse à travers le compte d’opérations, les dépenses sur l’éducation nationale et les hôpitaux diminuent. C’est ce compte d’opérations qui explique les budgets squelettiques de l’éducation nationale dont vous parlez. Au lieu de construire beaucoup d’écoles, l’Etat en construit moins ! Vous comprenez maintenant pourquoi les hôpitaux deviennent des mouroirs en Afrique francophone. Lorsque vous regardez les moyens de transport collectif, les gens sont entassés les uns sur les autres comme des sardines dans une boite de conserve. Ce n’est pas un hasard parce que les moyens importants qui devraient être utilisés pour le transport sont donnés à la France.

Est-ce qu’il vous arrive de parler de ces méfaits du franc CFA avec des hommes d’Etat africains et qu’est-ce qui vous en disent ?

J’ai rencontré quelques dirigeants africains dont Mathieu Kerekou à l’époque président du Benin. Il m’a dit qu’il ne connaissait pas ce système. Il en était totalement ignorant. J’en ai parlé avec le gouverneur de la BCEAO, Konan Banny qui m’a dit qu’il m’invitera pour que je puisse en discuter avec ses collaborateurs. J’ai rencontré Mamadou Koulibaly à l’époque président de l’Assemble nationale de Côte-d’Ivoire. Sans oublier les présidents Laurent Gbagbo et Jacob Zuma. Lorsque j’ai expliqué le fonctionnement du franc CFA au président sud-africain, Jacob Zuma, il n’en revenait pas. Et il a déclaré ceci : « c’est exactement de la colonisation. Car c’est lorsque vous êtes une colonie que vous payez des impôts au pays colonisateur ! ». La plupart de pouvoir d’Etat obtenu dans la zone franc CFA, vient directement de Paris. Les dirigeants qui sont portés au pouvoir par cette voie là ne peuvent pas se révolter contre leur employeur. On va vous dire démocratie par-ci ; mais vous savez que ne vient pas au pouvoir qui veut. C’est Gbagbo qui a fait l’exception qui confirme la règle. Et on sait comment il a fini !

Comment sortir de cette situation qui a tout l’air d’une impasse monétaire pour les pays de la zone franc CFA ?

En prenant conscience que cette monnaie nuit gravement à leur bien être socio-économique, les Etats africains doivent tout simplement se retirer de la zone CFA. Et en lieu et place, battre une monnaie typiquement africaine, gérée par et pour les intérêts des Africains. Ainsi, les pays africains vont éliminer la France dans leur gestion et toutes les devises qu’ils vont gagner vont rester en Afrique. Elles seront utilisées pour pouvoir importer des équipements dont les Etats africains ont besoin pour s’industrialiser. Ainsi, ils transformeront eux-mêmes les matières premières africaines en Afrique. Je dois absolument préciser que pour créer une monnaie on a besoin de trois jours. Pas plus. Le premier jour, le gouvernement prend la décision de créer la monnaie et fait un projet de loi qu’il envoie au parlement. Le lendemain, c’est-à-dire de deuxième jour, les parlementaires approuvent. Le troisième jour, on déclenche les machines à l’imprimerie et la monnaie est créée.

Il faut que les Africains se réveillent. Qu’ils comprennent que c’est celui qui domine la monnaie qui domine tout le pays. Il est temps que chaque jeune, où qu’il se trouve s’engage dans ce débat en intégrant le Mouvement pour la Souveraineté économique et Monétaire Africaine (Mosema). Créé en Côte-d’Ivoire, le Mosema installe ses sections partout en Afrique.Nous sommes persuadés que si les jeunes comprennent cela, un moment viendra où ils vont déclencher un mouvement de contestation des institutions de la zone franc CFA simultanément pendant une semaine dans tous les 15 pays de la zone CFA. Ce qui va aider ou contraindre les dirigeants à prendre la bonne décision. Ils vont constater que partout on conteste le franc CFA et ils n’auront plus d’autre choix que de créer une monnaie africaine.

Voulez-vous nous dire que le franc CFA n’est pas une fatalité pour les 15 pays qui l’utilisent depuis tant d’années malgré sa nocivité ?

La force du franc CFA provient de l’ignorance des Africains. Je les comprends. Le franc CFA n’est pas inscrit dans les programmes scolaires et même universitaires. Mais, dans la vie il faut retenir une chose : c’est l’esclave qui se libère lui-même de son esclavagisme. C’est l’opprimé qui se libère de son oppresseur. La liberté, peu importe qu’elle soit économique ou politique s’arrache. Elle ne se donne pas. Donc il appartient aux Africains de prendre conscience des méfaits du franc CFA et de se révolter pour liquider cette monnaie de singe. Il n’y a pas de fatalité. Chaque génération à sa lutte. Celle de la génération actuelle est de liquider le franc CFA et de mettre en place une monnaie africaine contrôlée par les Africains et pour les intérêts des Africains. Pour sortir, Je tiens à préciser que pour créer une monnaie, je le répète, il faut trois jours. Pas plus. Le premier jour, le gouvernement prend la décision de créer la monnaie et saisi l’Assemblée nationale à travers un projet de loi. Le deuxième jour, les députés examinent et approuve le projet de loi. Le troisième jour, la loi est promulguée et on actionne les machines à l’imprimerie. La monnaie est disponible. Le pays a sa monnaie et en use pour son développement.

Nous connaissons des pays africains qui ne sont pas dans la zone CFA, mais ne se portent pas mieux économiquement…

Vous avez raison. On vous dira d’ailleurs qu’un pays comme la Guinée Conakry par exemple a décidé de sortir de la zone CFA avec Sekou Touré mais n’a pas réussi à construire une économie forte. C’est un fait. Mais, pour le cas de la Guinée, on oublie toujours de dire que la France a inventé la fausse monnaie qu’elle a déversée au pays de Sekou Touré, l’homme qui a osé s’opposé au général De Gaulle en disant NON à la communauté française en 1958. Il avait dit que les Guinéens préféraient la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage. Depuis lors la France a décidé de saboter ses actions. Parlant des pays africains qui utilisent leur propre monnaie mais ne sont pas développés, il faut dire qu’ils n’appliquent pas le deuxième principe qui est la transformation locale des matières premières. Après la création de la monnaie, les Etats africains doivent obligatoirement créer de la valeur ajoutée en transformant les matières premières agricoles, minières et énergétiques sur le continent. Cette transformation conduira à l’industrialisation de l’Afrique et à la création des emplois pour les Africains.

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